Billet d’humeur*
Y’en a qui disent…
« Bien sûr,… bien sûr, il faut développer le vélo, mais en France, ce n’est pas pertinent. Ici, on n’est pas aux Pays-Bas, le vélo ce n’est pas notre culture ! Nous, on est des latins, le vélo ne prendra jamais sur notre territoire! ». Ceux qui disent ça font une double erreur : d’abord le vélo n’est pas une question de culture et ensuite le vélo est un phénomène récent aux Pays-Bas.
Et oui ! Avant l’essor de la voiture, France et Pays-Bas étaient des nations de cyclistes. Au moment des « 30 Glorieuses », dans ces deux pays, la voiture a chassé le vélo des rues, car devenu trop gênant. Les quelques pistes cyclables existantes ont été supprimées, les larges trottoirs rétrécis, pour faire la place à la voiture. Ainsi, jusqu’en 1970, les Pays-Bas comme la France étaient donc des pays « de la bagnole », franchement hostiles au vélo.
Mais, aux Pays-Bas, ce sont 3 évènements qui ont entraînés le retour du vélo : d’abord en 1971 le ras-le bol social de l’insécurité routière suscité par des morts d’enfants fauchés par des chauffards alors qu’ils circulaient à bicyclette. En est résulté un large mouvement national de protestation. Puis le choc pétrolier de 1973 qui fragilise l’économie et amène le lancement des « dimanches sans voitures » : les hollandais font alors du vélo et piqueniquent sur l’autoroute ! Ces deux crises amènent le gouvernement des Pays-Bas à relancer activement le vélo au niveau national. D’où la soi-disant « culture vélo » des bataves !
En France, même enchainement. Notre « culture vélo gauloise » arrive donc… mais avec plus de 40 ans de retard : un ras le bol des violences routières alors que les élus continuent d’organiser les villes pour la seule voiture… puis nouvelle crise énergétique de 2018, qui entraîne la décision politique d’un Plan Vélo, annoncé par le Premier Ministre lui-même !
Cette similitude n’est pas un hasard : les nombreuses mobilisations citoyennes ont permis, dans un cas comme dans l’autre, d’enclencher la fin du système tout-voiture, expliquant le regain d’intérêt des politiques pour le vélo qui « permet de faire du sport sans s’en rendre compte ! »
Du coup, y’en a qui commencent à être de moins mauvaise humeur… Si, si ! Car y’en a qui disent qu’on commence enfin à sortir des clivages idéologiques : être « anti-vélo » n’a plus beaucoup de sens, comme d’être « anti-covoiturage » ou « anti-piéton », enfin quoiqu’il y en a qui ont de beaux restes…
G. Deroux
* : Chronique inspirée de l’excellent livre « Pourquoi pas le Vélo ? » de Stein Van Oosteren,.. et de faits réels locaux.